L’Hotellerie

Thierrry Grégoire et Laurent Lutse : dossiers transversaux, volonté commune
jeudi 3 mai 2012 10:57

75 – Paris Thierry Grégoire, président de la Fédération nationale des saisonniers de l’Umih et Laurent Lutse, président de la Fédération nationale des cafés-bars, brasseries et monde de la nuit, nous livrent leur sentiment sur les dossiers transversaux à leurs branches. Ils réclament de nouveaux dispositifs comme la création de baux allant de 3 à 7 ans pour les terrasses.

Laurent Luste et Thierry Grégoire au siège de l’Umih, rue d’Anjou.


Vous bataillez pour un nouveau statut des terrasses, que proposez-vous ?

Laurent Lutse : Tout est prétexte à augmenter le prix des terrasses. On l’a vu dans le Nord avec des montants qui auraient pu atteindre 2000 euros le m2 d’auvent. Certaines municipalités imposent des codes couleurs et obligent les professionnels à réinvestir dans du nouveau matériel, même si celui qu’ils possédaient était neuf.

Thierry Grégoire : Il faut que les municipalités cessent de considérer l’occupation du domaine publique comme une vache à lait. Une terrasse, ce ne sont pas seulement des tables et des chaises. C’est effectivement un investissement, un confort, une extension de l’établissement dont l’activité dépend de la climatologie. Laurent Lutse et moi voulons obtenir la création d’un dispositif qui va permettre au professionnel d’avoir une assurance et une vision sur la durée. L’idée est d’instaurer un bail qui serait de trois, cinq ou sept ans, avec un prix au mètre carré qui ne puisse pas s’envoler du jour au lendemain. Quand on achète du matériel, l’amortissement est sur cinq ans. Or, beaucoup connaissent le stress de la remise en question chaque année de leur terrasse. Et puis, il y a le problème de la cession. Quand on vend une affaire, le chiffre d’affaires de la terrasse n’entre pas en ligne de compte. Nous militons donc pour la mise en place d’un ‘bail terrasse’, adossé à un cahier des charges. Que les municipalités organisent l’occupation du domaine publique, c’est normal. Mais qu’il y ait un cadre et une politique commune nous parait tout aussi logique. Un professionnel a besoin de garanties pour exercer dans les meilleures conditions.

Le nombre de licences IV continue de baisser. Votre sentiment ?

L.L. : Nous étions proches d’obtenir que la dernière licence d’un village puisse aller dans la communauté de communes. Mais le Conseil d’Etat a retoqué ce principe. L’Etat doit aujourd’hui faire preuve de bon sens. Il faut arrêter de laisser mourir des licences. Ne pas trouver de solutions à cette diminution inexorable du nombre de cafés et de bars, c’est croire qu’il n’y aura plus jamais dans tel ou tel endroit de « ré-industrialisation » possible.

T. G. : Nous avons aussi l’intention de montre au créneau contre l’économie souterraine que représente le para-commercialisme. Les associations font un peu tout et n’importe quoi. Dans les Pyrénées-Atlantiques, l’Umih a initié le principe que les présidents d’associations aient l’obligation de passer une formation. C’est un bon dispositif car il donne à ces dirigeants des notions sur les risques, sur l’encadrement nécessaire. Il n’est pas normal qu’une association exerce un commerce de vente d’alcool régulier et que ces recettes, où les personnes qu’ils emploient alors, échappent à l’impôt. Dès qu’il y a un souci, c’est notre secteur que les médias montrent du doigt. Or, plus de 80% de la vente d’alcool est réalisé en France par les grandes surfaces… Je crois également qu’il est urgent de mettre les alcooliers face à leurs responsabilités.

L.L. : Normalement, la Mildt doit demander que les présidents d’associations aient l’obligation de passer une formation. Nous espérons que cela aboutisse.

T.G. : Le gouvernement qui arrive doit bien prendre conscience que nous sommes des acteurs essentiels à l’aménagement du territoire. Quand il n’y aura plus de cafés, plus de petits hôtels, plus de restaurants en zone rurale, on fera quoi ? Nous croulons sous un millefeuille de contraintes administratives qu’il faut impérativement réduire et les élus doivent dire stop à tous ces pseudos professionnels qui exercent nos métiers sans aucun droit.

Vos deux branches réclaments une révision de la Loi Bachelot. Pourquoi ?

L.L. : On se plaint de l’alcoolisation exagérée des jeunes qui en sont à amener de l’alcool dans leurs bahuts. Or, les 16/18 ans, quand ils venaient dans nos établissements pour boire une bière, ils consommaient modérément. Parce que nous étions là pour fixer les limites. Maintenant, on les livre à eux-mêmes dans les halls d’immeuble.

Vous affichez aussi un mécontentement commun face aux banques…

T.G. : Les banques, on le sait, ne jouent plus le jeu. Elles oublient qu’elles ne produisent rien. Ce sont leurs clients qui produisent. Les banques limitent, voire annulent les découverts. Une ligne de découvert est un outil de gestion. Nous proposons que les politiques imposent aux banques que les entreprises bénéficient d’une ligne de découvert qui serait de l’ordre 10% du chiffre d’affaires, renouvelable chaque année sous conditions bien sûr.

Comment voyez-vous l’échéance de l’accessibilité ?

L.L. : Cette loi n’est pas que pour les CHR mais elle va contribuer à la mort d’une partie des entreprises que nous représentons.

T.G. : C’est la plus grande inquiétude des petites entreprises à l’heure que je vous parle. Nous ne sommes pas là pour stigmatiser qui que ce soit. Simplement, en France, il n’y a pas un territoire ni un établissement indépendant qui se ressemblent. C’est la richesse architecturale qui fait en partie la beauté de notre patrimoine touristique. Cette loi est mortifère. Elle met en péril l’exploitation même de nos établissements. Une loi qui ne crée pas de recettes à hauteur de l’investissement est une mauvaise loi. L’accessibilité, c’est un état d’esprit. Oui, nous devons nous inscrire dans une démarche d’accueil mais ne pas tomber dans l’extrême. Cette loi doit être amendée au plus vite. Dans ma région, en Cote d’Opale, nous sommes en train de réaliser un audit établissement par établissement avec l’aide des CCI. Nous allons précisément montrer ce qui est possible ou ne l’est pas et chiffrer ce que cela représente.

Propos recueillis par Sylvie Soubes
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